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De quand date le premier régime de retraite ?

C’est l’empereur romain Auguste qui instaura le premier régime de retraite de l’histoire, pour les soldats de son armée, en 27 av. J.- C.

Cotisation obligatoire

Appelé alors le mission agraria, ce système prévoyait le prélèvement d’une cotisation obligatoire sur leur solde. En fin de carrière, le capital ainsi constitué leur était reversé, souvent assorti d’un bonus prenant la forme d’un lopin de terre ou d’une prime.

En France, en 1673, les marins invalides touchaient eux aussi une pension ; ce régime fut étendu à « tous les marins du commerce et de la pêche » en 1709.

 

Écrit par l’équipe ça m’intéresse

 

 

Résumé :

L'évolution de la retraite en France commence avec des régimes spéciaux pour certaines professions au 19e siècle. En 1910, une loi prévoit une pension à 65 ans pour les salariés modestes, malgré des oppositions. La Grande Guerre et le retour de l'Alsace-Moselle en 1918 contribuent à changer les mentalités en faveur de l'intervention de l'État dans la protection sociale. En 1945, la Sécurité sociale est instaurée, couvrant maladie et retraite. Les syndicats jouent un rôle essentiel dans la défense des régimes de retraite. En résumé, l'histoire des retraites françaises est marquée par une évolution vers une plus grande intervention de l'État pour couvrir l'ensemble de la population.

 

 

Titre : L'Évolution de la Retraite en France : De l'Opposition à l'Adoption

Depuis quand touche-t-on une retraite ?

En 1910, quand l’État instaure la première loi prévoyant une pension pour les vieux, tout le monde ou presque est contre ! Retour aux sources de notre système de retraites avec Michel Dreyfus, spécialiste de l’histoire du mouvement ouvrier, directeur de recherche au CNRS.

Origines de la Retraite en France

Avant 1910, il n’existe pas de système généralisé de retraite. Ceux qui en touchent une ont des traitements particuliers liés à une profession : telle est l’origine de ce que l’on appelle aujourd’hui les régimes spéciaux. Le plus ancien de notre pays est celui des marins, créé par Colbert sous Louis XIV. D’autres professions, parfois périlleuses, et qualifiées – militaires, mineurs, fonctionnaires, cheminots, électriciens-gaziers – obtiennent peu à peu au XIXe siècle une retraite, le plus souvent mise en place par les entreprises, et non pas par l’État. Les systèmes de financement sont différents, les calculs à long terme incertains, ce qui entraîne de nombreuses erreurs. Il faut attendre la veille de la Grande Guerre pour que ces questions commencent à être maîtrisées.

L'Opposition à la Loi de 1910

A quel moment décide-t-on de l’étendre à l’ensemble de la population ? En 1910, la loi sur les retraites ouvrières et paysannes accorde aux salariés les plus modestes une retraite à l’âge de 65 ans, financée par des cotisations salariales et patronales. Cette loi suscite bien des oppositions. Les paysans ont toujours été méfiants envers l’État. L’Église catholique pense que la loi va encourager la paresse et le patronat estime qu’elle ruinera l’industrie. La CGT dénonce cette « retraite pour les morts » : l’espérance de vie est en effet de 50 ans. Et surtout, la CGT veut alors abattre la société capitaliste et détruire l’État : elle ne peut donc lui demander d’organiser des retraites. La majorité des Français ne comprennent pas cette notion.

L'Évolution de la Perception Sociale

Comment cette idée se répand-elle dans la société ? En 1900, à la campagne, les anciens sont pris en charge par leur famille. Dans les villes, les congrégations religieuses organisent la charité dans les hospices. L’idée d’épargner pour une retraite qui vous sera versée trente ans plus tard est nouvelle, et d’abord peu acceptée. Elle s’impose lentement, grâce notamment à l’allongement de l’espérance de vie. Avec la création de plusieurs régimes particuliers, on passe peu à peu d’une logique caritative à une logique assurantielle.

L'Impact de la Grande Guerre

Peu après la loi sur les retraites ouvrières et paysannes éclate la Grande Guerre. Jusqu’alors, l’État intervenait peu sur le terrain économique et social. Mais durant le conflit, il doit organiser l’industrie, la production dans les usines d’armement et les transports. Confronté au cataclysme social (1,3 million de morts, 800 000 veuves de guerre), il commence à mettre en place des organismes spécifiques destinés aux victimes des combats. A l’issue du conflit, la majorité du pays comprend que l’État est indispensable pour couvrir tous ces besoins.

La Réforme de 1930 et la Généralisation des Retraites

La Grande Guerre fait donc évoluer les mentalités ? Oui, et le retour des trois départements de l’Alsace-Moselle à la France en 1918 accélère cette évolution. Ceux-ci bénéficient du régime allemand mis en place par Bismarck dans les années 1890 : ce régime assure contre la maladie et les accidents du travail et permet de toucher une retraite. En Allemagne, quinze millions de personnes sont ainsi couvertes, alors que moins de trois millions de salariés bénéficient de la loi de 1910 en France. La République étant une et indivisible, il faut généraliser le système de l’Alsace-Lorraine à tout le pays. En 1930 sont donc instaurées les assurances sociales qui couvrent retraite et maladie pour huit millions de Français. Vichy les élargit : en 1945, quinze millions de Français sont désormais assurés. Les retraites ont d’abord été gérées par la capitalisation, mais avec une amorce de répartition puisque la solidarité financière existe entre les caisses. En 1941, Vichy instaure l’allocation aux vieux travailleurs salariés (1 600 000 personnes), financée sur les fonds des assurances sociales ; elles seront ruinées en 1945. En raison de l’inflation très forte, Vichy remplace alors la capitalisation par la répartition : les cotisations des actifs financent directement les retraites. Ce choix n’a rien d’idéologique mais s’explique par les circonstances.

La Sécurité Sociale : Un Tournant Majeur

Alors qu’apporte de plus la Sécurité sociale instaurée en 1945 ? Beaucoup de choses. Elle s’intègre au projet de société défini par le programme du Conseil national de la Résistance, qui comporte également les nationalisations, les comités d’entreprise et le statut de la fonction publique. Cette Sécurité sociale prend en charge tous les risques sociaux : maladie, retraite, accidents du travail et famille ; seul le chômage n’est pas retenu. Elle a pour ambition de couvrir tous les Français. Mais les bénéficiaires des régimes spéciaux conserveront leurs propres systèmes, plus avantageux.

La Perception Sociale des Retraites

Est-ce à ce moment-là que les Français s’attachent à leurs retraites ? C’est avant tout l’affaire des syndicats, qui gèrent les retraites depuis 1947. Les Français ont faim et le pays est ruiné : ils s’intéressent d’abord peu à la Sécurité sociale. Quand les ordonnances Jeanneney la réforment en 1967, les syndicats s’y opposent, mais ne parviennent pas à mobiliser pour obtenir leur abrogation, y compris en mai 1968. Finalement, c’est avec la grande grève contre le plan Juppé (1995) que les syndicats investissent massivement la question des retraites et des régimes spéciaux.

Conclusion

L'histoire des retraites en France est marquée par une évolution significative, passant de l'absence de système généralisé à une sécurité sociale complète. Cette transformation a été le fruit de luttes sociales, de crises majeures comme la Grande Guerre, et d'un changement progressif de la perception sociale des retraites. Aujourd'hui, les régimes de retraite français font partie intégrante de la vie de la nation et suscitent un fort attachement de la part des citoyens.

Il a dirigé l’ouvrage Se protéger, être protégé (éd. Presses universitaires de Rennes).

Rappel des faits

  • 1673 > Colbert fonde un premier régime de retraite pour les marins de la Royale.
  • 1850 > L’État crée la Caisse de retraites pour la vieillesse. Ceux qui le souhaitent peuvent verser leur épargne et toucher une rente à partir de 50 ans.
  • 1910 > La loi institue un système obligatoire pour les retraites ouvrières et paysannes.
  • 1981 > L’âge légal de départ à la retraite passe de 65 ans à 60 ans.

Bonus : Les Premières Retraites dans l'Histoire

De quand date le premier régime de retraite ? C’est l’empereur romain Auguste qui instaura le premier régime de retraite de l’histoire, pour les soldats de son armée, en 27 av. J.-C. Appelé alors le mission agraria, ce système prévoyait le prélèvement d’une cotisation obligatoire sur leur solde. En fin de carrière, le capital ainsi constitué leur était reversé, souvent assorti d’un bonus prenant la forme d’un lopin de terre ou d’une prime. En France, en 1673, les marins invalides touchaient eux aussi une pension ; ce régime fut étendu à « tous les marins du commerce et de la pêche » en 1709.

Écrit par Nicolas François

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